Il y a plus de 2 ans, à la suite du succès rencontré par le projet Clitoraid, son fondateur Raël avait déclaré qu’au lieu d’utiliser l'argent récolté par Clitoraid pour traiter uniquement quelques femmes, les équipes devraient créer le premier "Hôpital du plaisir" et opérer toutes les femmes africaines qui le souhaiteraient, gratuitement, avec l'aide de médecins bénévoles. Immédiatement les bénévoles de l’association se sont mis à l’ouvrage pour concrétiser cette fantastique idée, répondant ainsi au nombre important de femmes Burkinabés se portant candidates pour subir l’opération et à l'offre de nombreux médecins souhaitant oeuvrer pour reconstruire le clitoris de toutes les femmes excisées.
Une équipe s’est alors mise en place (1) composée de femmes et d’hommes de terrain, d’architectes, de scientifiques oeuvrant pour construire l’Hôpital, non sans peine puisque de part et d’autre des pays, elle a dû faire face à une série de réticences (2).
Début 2007, des transactions étaient entamées dans le village de Kuinina afin d’abord d’obtenir un terrain pour entreprendre la construction de cet hôpital unique en son genre. L’AVFE, l’association locale représentant Clitoraid, est devenue rapidement propriétaire d’une parcelle et organisait même une cérémonie de pose de la première pierre le 26 mai 2007 à Matourkou alors que les dernières signatures étaient attendues dans les jours qui suivaient. Tout laissait présager une construction sans problème…
Cependant, malgré le fait que tous les documents administratifs étaient en règle du coté de l’AVFE, quelques semaines après la pose de la première pierre quelle ne fut pas notre surprise de voir une compagnie de télécommunication (CELTEL) entreprendre la construction d’une tour de transmission sur le dit terrain de façon tout à fait anarchique. Les représentants de l’AVFE-CLITORAID se sont bien sur opposés à cette construction en recourant aux moyens légaux existant et en menant des actions pacifiques (lettre adressée au Ministre de la Santé, rencontres, négociations…). S’ensuivit une plainte de la compagnie CELTEL qui occupait les lieux contre L’AVFE-CLITORAID… Il y a de quoi sourire ☺
Le 19 Octobre 2007, les représentants de L’AVFE-CLITORAID, Lamane Hébie et Pierre Bolduc se présentèrent à l’audience organisée à la Préfecture, répondant à une convocation adressée par la compagnie CELTEL. Étaient présents, les représentants de CELTEL, les deux chefs des villages Matourkou et Kuinina, propriétaires à l’origine du terrain, le receveur des domaines, le technicien des cadastres qui avait signé le procès verbal de cession de la parcelle pour l’Hôpital. Après les explications des deux parties, le Préfet jugea qu’aucune d’entre elles ne pouvait prétendre à l’appropriation du terrain puisque aucune entité n’était réellement en possession de l’Arrêté d’attribution officielle signée par le Préfet, comme la procédure l’exige. (Une des signatures qui nous manquaient effectivement…)
Par la suite, le ralliement des deux chefs à la compagnie de télécommunication et une procédure informelle (plus généralement appelée «pot-de-vin», ce que nous nous interdisons de faire par principe), permit à CELTEL d’acquérir le terrain. Parallèlement à cela, les finances que Clitoraid avait engagées pour cette acquisition étaient détournées par les deux intermédiaires B. Coulibaly et D. Ouattara, représentants des chefs des villages.
Patients, déterminés et sûrs de leur bon droit, les représentants d’AVFE-CLITORAID organisèrent une nouvelle rencontre avec les deux chefs et négocièrent l’attribution d’un nouveau terrain. Suite à cette rencontre en mars
2008, un autre terrain nous était finalement attribué gracieusement grâce à la détermination et la diplomatie de
Lamane et de Banémanie, qui ont su rallier les chefs locaux. Ces derniers ont simplement émis le souhait de voir leurs enfants faire partie du personnel employé par l’hôpital.
Le 15 mai 2008, un arrêté d’acquisition du terrain était délivré à l’association AVFE pour la construction de l’Hôpital du plaisir. ☺ Toutes les autorisations du Ministère de la Santé sont signées. L’AVFE est maintenant officiellement propriétaire du terrain !
Le nom officiel de l’Hôpital aura été un autre parcours ! Le terme ‘Hôpital du Plaisir’ a semble-t-il choqué quelques personnes dans le parcours administratif du dossier. L’une des femmes qui devait apposer une signature au Ministère de la Santé a retenu le dossier pendant plusieurs mois, affirmant qu’elle ne signerait jamais tant que le mot plaisir ne serait pas enlevé du nom officiel. Après moult palabres, l’accès au plaisir des femmes qui attendaient nous est apparu plus important que le nom lui-même et l’hôpital est donc devenu : L’HÔPITAL KAMKASSO qui veut dire en langage local «la maison des femmes». Mais nous garderons pour nos communications le nom de l’Hôpital du Plaisir, n’en déplaise à la dame qui était offensée que nous puissions associer clitoris et plaisir. ☺
D’une superficie de 2000 m2, il sera situé sur un terrain rural à Matourkou, département de Bobo Dioulasso.
Marcus Werner et Jacques Aizac ont élaboré les plans architecturaux afin de combiner fonctionnalité, sécurité et accueil. Sont prévus, outre le bloc opératoire, un laboratoire, une infirmerie, une salle de stérilisation, une salle d'accueil d’urgences, une salle d'hospitalisation, deux salles de consultation pour les médecins, une salle de conférence, une salle des machines, un système de sécurité pour incendie, un incinérateur, une buanderie, une cuisine, un logement pour le gardien, des toilettes pour le public, un groupe électrogène pour suppléer la
compagnie d'électricité en cas de panne chez celle-ci, un forage et un petit château d'eau, une unité autonome
mobile de production d'air médical, (les bouteilles d'air médicales coûtent très cher ici, près de 200 euros l'unité), les voies et réseaux divers pour faciliter les accès de secours et la circulation. Les plans ont été exigés par le technicien du Ministère de la Santé qui accompagne l’équipe de Pierre Bolduc, entrepreneur canadien qui coordonne la construction pour l’AVFE-CLITORAID, dans l’élaboration du projet.
Les spécificités de l’Afrique ont été prises en compte dans l’élaboration des plans (conditions climatiques,
préventions contre les contaminations…) afin d’offrir confort et sécurité aux patientes et aux professionnels de la santé. Par ailleurs, les plans sont aussi faits pour s’adapter à un agrandissement éventuel dans le futur.
Depuis le dénouement et l’acquisition du terrain, les actions d’informations envers les femmes se sont multipliées au Burkina Faso, au Togo, au Bénin, au Mali et en Côte d’Ivoire : communiqués de presse, conférences dans les établissements scolaires et universités, distributions de tracts, rencontres et conférences au sein des associations de femmes, envois de courriers aux autorités, rencontres et discussions avec les autorités et les directeurs d’établissements sociaux, de santé ou de promotion de la femme, sondage dans les rues…
Aujourd’hui, au Burkina Faso, 166 femmes ont fait la demande de restauration de leur clitoris à l’AVFE-CLITORAID et sont inscrites sur la liste dans l’attente que l’Hôpital soit opérationnel.
Nous ne sommes qu’au début de cette formidable aventure où nous mettons toute notre énergie pour que le rêve de ces femmes se réalise… La construction de cet hôpital est le symbole que des consciences se réveillent et signe d’espoir pour les années à venir… Imaginez, deux chefs de villages africains offrent à des femmes, leurs femmes et leurs filles, la possibilité de revenir sur des traditions ancestrales, de briser des coutumes… Ils acceptent que ces femmes revendiquent leur liberté, sexuelle et humaine. Ça c’est une belle preuve d’évolution… Et beaucoup sont encore à venir, n’est-ce pas ? ☺ Bravo à nos chefs de villages de Matourkou et de Kuinina de l’exemple de sagesse et d’intelligence qu’ils nous offrent…
P.S. : Pour le clin d’oeil… Les chefs ont fait payer la compagnie Celtel, mais ont offert le terrain à notre
association… ☺
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(1) En Kama (nom originel du continent africain), deux associations oeuvrent ensemble et unissent leur compétences pour
construire l’Hôpital du plaisir : Clitoraid dont l’objectif premier est la prise en charge des femmes qui ont été victimes de
l’excision et l’AVFE (Association Voie Féminine de l’Épanouissement)
(2) Le Burkina Faso a été choisi notamment en raison de sa situation géographique. Il constitue en effet un véritable carrefour de 6 pays où l’excision est beaucoup pratiquée.